Interview Avec Hakima Lebbar, commissaire de l’exposition et directrice de la Galerie Fan-Dok à Rabat

Les artistes de Taznakhte rendent hommage à Fatema Mernissi

Des tisseuses de Taznakhte, Feue Fatéma Mernissi disait, que leurs tapis étaient des œuvres d’art, et que le travail de broderie et de tissage rejoignait l’acte d’écriture. La grande dame, qui a beaucoup sillonné le Maroc profond, a toujours eu à cœur de rendre visibles ces petites mains et leur travail de pure création et de les soutenir pour leur indépendance économique C’est chose faite, aujourd’hui, et cette exposition résonne en écho à son beau parcours de femme libre et engagée…

Parlez- nous de Fatema Mernissi et de ses liens avec les tisseuses de Taznakhte..

Fatema Mernissi vouait une très grande admiration aux travail de ces femmes. Elle ne les considérait pas comme de simples travailleuses manuelles, mais comme des artistes à part entière, qui racontent leurs émotions et perpétuent le travail ,de tissage. Sur ses pas, je me suis rendue plusieurs fois à Taznakhte, et j’ai rencontré quelques figures de proue locales, comme, M’barka Bahsi, Fatema Raji, Mina Iminotras, Ghita Essaadni ou Habiba Azgoun… Fatema Mernissi considérait leurs tapis comme un espace de création et d’expression sensible. Dans les livres de Fatema Mernissi, « Les sindbads marocains » et les « Ait- Débrouille », elle a, érigé les tisseuses marocaines en divinités qui rallient la culture et le patrimoine, l’écologie (puisqu’elles usent de produits naturels, en harmonie avec l’environnement) et l’économique (car elles génèrent du revenu pour leurs familles).

J’aurai tant voulu aussi lui présenter Najat Bakiz, une jeune de Taznakhte qui a 18 ans est aujourd’hui étudiante à l’université de Marrakech et elle a obtenu le prix amhar Sanii en 2015, alliant ainsi éducation et culture.

Pourquoi cet hommage, maintenant, un an après sa disparition?

L’idée de cette exposition était son initiative; malheureusement, elle n’a pu vivre son accomplissement et est partie trop vite. Néanmoins, j’essaie de continuer les efforts qu’elle a déployés pour faire connaître, au monde, le travail des tisseuses de Taznakhte. Fatema Mernissi a toujours porté haut le travail artisanal du Maroc et nos traditions séculaires.

Elle a contribué à faire reconnaître nombre d’artisan-e-s et artistes leur ouvrant moult perspectives, décorant sa maison des produits de notre artisanat, se parant de bijoux et de tenues modernes qu’elle réalisait à la manière des caftans, préfaçant ses livres, à l’aide de calligraphies ou d’œuvres d’art…

Des tableaux de peintures sont également présents dans l’exposition…

Lors de mes visites à Taznakhte, j’ai rencontré Fadma Aït Hmam que Fatema Mernissi n’a pas eu le temps de connaître, une artiste exceptionnelle qui a fait de magnifiques tapis et aussi des peintures. Cette artiste s’est sentie à l’étroit dans l’espace du métier à tisser et elle a voulu explorer d’autres outils. Et elle s’est mise à jouer avec les teintures utilisées pour les tapis, sur des supports improbables, et via des outils tout aussi improbables. Et ce faisant, elle ne fait qu’emboîter le pas à de grandes artistes peintres, telles Chaïbia, Fatema Hassan, Fatna El Gbouri ou Regraguia qui étaient, elles aussi, tisseuses dans une vie antérieure…

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